L’exercice de la comptabilité en indépendant attire de plus en plus de professionnels souhaitant maîtriser leur activité et leur rémunération. Avec un marché porteur où près de 21 000 experts-comptables conseillent 3 millions d’entreprises en France, les opportunités d’installation sont nombreuses. Cependant, déterminer le salaire potentiel d’un comptable à son compte nécessite une analyse précise des différents facteurs : statut juridique, grille tarifaire, portefeuille client et charges professionnelles. La rémunération d’un comptable indépendant peut varier du simple au triple selon sa stratégie d’installation et sa spécialisation.
Structures juridiques pour l’exercice comptable en indépendant : EI, EURL, SASU
Le choix du statut juridique constitue la première décision stratégique pour un comptable souhaitant s’installer à son compte. Cette décision impacte directement la fiscalité, les cotisations sociales et donc la rémunération nette finale. Chaque forme juridique présente des avantages spécifiques selon le profil du professionnel et ses objectifs patrimoniaux.
Régime micro-entrepreneur pour comptables débutants
Le statut micro-entrepreneur représente souvent le premier pas vers l’indépendance pour les comptables débutants. Avec un plafond de chiffre d’affaires fixé à 77 700€ pour les prestations de services, ce régime offre une simplicité administrative incomparable. Les cotisations sociales s’élèvent à 21,2% du chiffre d’affaires, permettant de conserver environ 78,8% des honoraires encaissés avant impôt sur le revenu.
Les comptables micro-entrepreneurs bénéficient d’un abattement forfaitaire de 34% sur leur chiffre d’affaires pour le calcul de l’impôt sur le revenu. Ainsi, un comptable réalisant 50 000€ de chiffre d’affaires sera imposé sur 33 000€ seulement. Cette simplicité administrative permet de se concentrer sur le développement commercial sans contraintes comptables complexes.
EURL au régime réel simplifié : optimisation fiscale pour experts-comptables
L’Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée (EURL) au régime réel simplifié convient particulièrement aux comptables expérimentés développant une clientèle stable. Ce statut permet de déduire l’intégralité des charges professionnelles réelles : local professionnel, véhicule, formations, assurances professionnelles et matériel informatique.
La rémunération du gérant associé unique reste soumise aux cotisations sociales des travailleurs non-salariés (TNS), soit environ 42% à 45% du bénéfice. Cependant, l’optimisation fiscale possible grâce à la déduction des charges réelles compense largement ce taux de cotisation plus élevé. Un expert-comptable EURL peut ainsi conserver 55% à 60% de son chiffre d’affaires en rémunération nette.
SASU et régime IS : stratégie patrimoniale des commissaires aux comptes
La Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle (SASU) soumise à l’impôt sur les sociétés représente le choix privilégié des commissaires aux comptes et experts-comptables confirmés. Le président de SASU bénéficie du statut d’assimilé-salarié, avec des cotisations sociales de 82% environ mais une couverture sociale complète incluant l’ass
urance-chômage. Ce statut est particulièrement intéressant pour les comptables qui souhaitent se verser une partie de leur rémunération sous forme de dividendes, après paiement de l’impôt sur les sociétés (IS), afin d’optimiser leur revenu net global.
En pratique, beaucoup de professionnels en SASU combinent un salaire modéré, qui leur ouvre des droits sociaux, et des dividendes annuels en fonction des résultats du cabinet. Cette stratégie patrimoniale permet de lisser la fiscalité et de préparer des projets à moyen terme (acquisition immobilière, épargne retraite, etc.). La SASU se révèle donc pertinente pour les cabinets d’expertise comptable orientés vers la croissance, avec un chiffre d’affaires supérieur à 100 000€ et une volonté de structurer l’activité comme une véritable entreprise de services.
Entreprise individuelle classique : déclaration BNC et charges déductibles
L’entreprise individuelle (EI) classique, hors régime micro, reste une option fréquente pour les comptables indépendants travaillant en nom propre. Fiscalement, les bénéfices sont imposés dans la catégorie des Bénéfices Non Commerciaux (BNC) au régime de la déclaration contrôlée. Vous déduisez alors l’ensemble de vos charges professionnelles réelles : loyer, charges de bureau, abonnements logiciels, frais de déplacement, assurances, communication, etc.
Ce statut offre une grande souplesse de gestion et une comptabilité allégée par rapport à une société, tout en permettant une optimisation réelle du résultat imposable. En revanche, il n’y a pas de distinction entre patrimoine professionnel et personnel : l’entrepreneur est responsable sur l’ensemble de ses biens (sauf protection spécifique de la résidence principale). Pour un comptable à son compte réalisant entre 40 000€ et 90 000€ de chiffre d’affaires, l’EI en BNC peut représenter un bon compromis entre simplicité et performance fiscale.
Grille tarifaire des honoraires comptables selon la mission et la clientèle
Une fois la structure juridique choisie, la question cruciale devient : comment fixer vos honoraires de comptable indépendant ? La tarification influe directement sur votre chiffre d’affaires, mais aussi sur votre positionnement sur le marché. Les prix ne se déterminent pas au hasard : ils dépendent du type de mission, du profil de la clientèle (TPE, PME, professions libérales, associations) et du niveau d’expertise demandé.
On distingue généralement quatre grands blocs de prestations qui structurent le revenu d’un comptable à son compte : les bilans annuels, les missions de révision, les abonnements comptables mensuels (TVA, déclarations, suivi) et les prestations de conseil ou d’accompagnement à la création d’entreprise. Bien calibrer ces offres, c’est un peu comme construire un « menu » équilibré : missions récurrentes pour sécuriser un revenu stable, et missions ponctuelles à forte valeur ajoutée pour booster la rentabilité.
Tarification bilan annuel TPE : de 800€ à 2500€ selon complexité
Pour une TPE (artisan, commerçant, indépendant, petite société), le bilan annuel reste la mission de référence. En 2025, les honoraires pour un bilan simple avec déclaration fiscale se situent généralement entre 800€ et 1 200€ pour une entreprise individuelle ou une micro-société avec peu de pièces comptables. Dès que la structure se complexifie (SARL, SAS avec salariés, stocks, emprunts, plusieurs établissements), la facture peut monter entre 1 500€ et 2 500€.
Quels éléments justifient ces écarts de prix ? Principalement le volume de pièces à traiter, la qualité de la comptabilité tenue en interne par le client, la présence de situations intermédiaires, et les obligations spécifiques (reporting bancaire, demandes de l’expert-comptable certificateur, etc.). Un comptable à son compte a tout intérêt à segmenter ses offres en plusieurs niveaux de service, avec un socle standard et des options (tableaux de bord, rendez-vous de pilotage, prévisionnel) pour valoriser son expertise et augmenter le panier moyen.
Missions de révision comptable PME : facturation horaire 60€-120€
Pour les PME disposant d’un service comptable interne, le professionnel indépendant intervient souvent en mission de révision : contrôle des écritures, justification des soldes, préparation des liasses fiscales, accompagnement du chef comptable ou du dirigeant. Dans ce cadre, la facturation horaire reste fréquente, avec un taux qui oscille entre 60€ et 120€ HT de l’heure selon la spécialisation et la région.
Un expert-comptable spécialisé en consolidation, normes IFRS ou comptabilité internationale pourra se situer dans le haut de cette fourchette, voire au-delà pour des missions complexes. Pour une PME classique au régime réel, une mission de révision annuelle peut représenter entre 20 et 80 heures de travail, soit un budget situé entre 1 500€ et plus de 8 000€ HT. Là encore, la clé consiste à définir clairement le périmètre de la mission dans la lettre de mission afin d’éviter les dérives de temps non facturés.
Conseil fiscal et déclarations TVA : forfaits mensuels 150€-400€
Les missions récurrentes de conseil fiscal et de déclarations de TVA constituent la « base d’abonnement » de nombreux cabinets indépendants. Pour une TPE ou une petite PME, un forfait mensuel incluant tenue de comptabilité, déclarations de TVA, acomptes d’IS et échanges réguliers se situe entre 150€ et 400€ HT selon le volume de pièces et la complexité des opérations (import/export, intracommunautaire, régimes spécifiques).
Ce modèle par abonnement assure au comptable à son compte une visibilité sur son chiffre d’affaires, un peu comme un loyer perçu tous les mois. En pratique, un portefeuille de 30 à 40 clients TPE/PME avec des forfaits moyens autour de 250€ à 300€ HT par mois permet déjà d’atteindre un niveau de chiffre d’affaires confortable. Il est essentiel de bien calibrer les forfaits pour éviter d’être sous-payé sur des dossiers très chronophages.
Accompagnement création d’entreprise : packages 1200€-3000€
L’accompagnement à la création d’entreprise est une mission très recherchée par les créateurs, souvent prêts à investir pour sécuriser leurs choix juridiques, fiscaux et financiers. Les packages de création comprennent généralement : aide au choix du statut (EI, EURL, SASU, etc.), rédaction ou validation des statuts, création des prévisionnels financiers, immatriculation, et mise en place de l’organisation comptable.
En 2025, les honoraires pour ces packages se situent entre 1 200€ et 3 000€ HT selon le niveau de complexité du projet (levée de fonds, plusieurs associés, problématiques internationales). Pour un comptable à son compte, ces missions présentent un double intérêt : elles sont bien rémunérées et permettent souvent de fidéliser le client sur le long terme avec un abonnement comptable récurrent. C’est un peu l’équivalent d’un « coût d’acquisition client » qui se rentabilise sur plusieurs années.
Calcul du chiffre d’affaires annuel : portefeuille client et récurrence
Connaître ses tarifs, c’est bien, mais comment projeter concrètement le chiffre d’affaires annuel de son activité de comptable indépendant ? Tout se joue dans la structure du portefeuille client et dans la proportion de missions récurrentes. Un cabinet composé majoritairement de dossiers annuels stabilisés n’aura pas la même dynamique qu’un cabinet axé sur les missions ponctuelles de conseil ou d’audit.
Pour estimer votre futur revenu, il est utile de raisonner en « valeur vie client », c’est-à-dire le chiffre d’affaires moyen généré par un client sur plusieurs années. Un dossier de TPE facturé 2 400€ par an pendant 5 ans vaut ainsi 12 000€ de chiffre d’affaires global. Cette approche vous aide à fixer des objectifs de prospection réalistes et à évaluer le temps nécessaire pour atteindre votre seuil de rentabilité.
Méthode de valorisation clientèle selon secteurs d’activité
Tous les clients ne se valent pas du point de vue du chiffre d’affaires et de la charge de travail. Une profession libérale en BNC avec peu de factures, mais très fidèle, n’aura pas le même impact qu’un e-commerçant multi-plateformes générant des milliers de lignes de ventes par an. Pour valoriser correctement votre clientèle, il est donc indispensable de segmenter par secteurs d’activité : artisans, commerçants, professions médicales, start-up, associations, etc.
On peut par exemple appliquer un coefficient de complexité aux honoraires de base : 1 pour un dossier simple (consultant freelance), 1,2 pour un commerce avec TVA, 1,5 pour une activité de négoce international ou de BTP avec gestion de chantiers. Cette logique de segmentation se retrouve aussi lors de la cession d’un portefeuille clients : les cabinets se vendent souvent entre 0,8 et 1,2 fois le chiffre d’affaires annuel, avec une valorisation plus élevée pour les dossiers récurrents, bien structurés et issus de secteurs stables.
Coefficient multiplicateur dossiers annuels vs missions ponctuelles
Pour construire un prévisionnel de chiffre d’affaires, une méthode simple consiste à distinguer les dossiers annuels récurrents des missions ponctuelles. Les premiers (tenue, révision, bilans, TVA) représentent la « base » de revenus, avec un coefficient de récurrence proche de 1 : un client acquis reste généralement plusieurs années. Les seconds (audit ponctuel, accompagnement à la cession, missions exceptionnelles) sont plus aléatoires, avec un coefficient de récurrence inférieur, mais un tarif horaire souvent plus élevé.
Concrètement, un cabinet qui réalise 100 000€ de chiffre d’affaires annuel peut, par exemple, être composé de 70 000€ de missions récurrentes et 30 000€ de missions ponctuelles. Pour un comptable à son compte, viser au moins 60% de chiffre d’affaires récurrent est souvent un bon objectif pour sécuriser sa rémunération, tout en gardant de la place pour des missions à forte valeur ajoutée.
Seuils de rentabilité cabinet comptable : 80 000€ à 150 000€ CA
À partir de quel niveau de chiffre d’affaires un comptable indépendant commence-t-il à bien gagner sa vie ? Les études de marché montrent qu’un seuil de rentabilité se situe souvent entre 80 000€ et 150 000€ de chiffre d’affaires annuel, selon la structure de charges (local ou non, salariés, outils, etc.). En dessous de 70 000€ de CA, la rémunération nette reste généralement proche de celle d’un salarié expérimenté, sans bénéficier pleinement de la prime de risque de l’indépendance.
Entre 100 000€ et 150 000€ de chiffre d’affaires, un expert-comptable seul peut dégager un revenu net mensuel compris entre 4 000€ et 7 000€ après charges, selon ses arbitrages entre réinvestissement et distribution. Au-delà de 150 000€ de CA, la question du recrutement d’un collaborateur ou du passage en structure de type société (SASU, SELAS, etc.) se pose souvent pour maintenir une qualité de service et éviter la surcharge de travail.
Stratégie de montée en gamme : audit, conseil en gestion, expertise judiciaire
Pour faire progresser son « salaire » de comptable à son compte sans travailler deux fois plus, la clé réside dans la montée en gamme des missions. Plutôt que de multiplier les petits dossiers peu rentables, beaucoup de professionnels choisissent de se spécialiser : audit légal ou contractuel, conseil en gestion de performance, optimisation fiscale complexe, accompagnement à la levée de fonds, ou encore expertise judiciaire.
Ces domaines requièrent des compétences techniques élevées, mais permettent de facturer des honoraires à plusieurs centaines d’euros de l’heure, voire plus. À titre d’exemple, une mission d’expertise judiciaire sur plusieurs mois peut générer entre 10 000€ et 30 000€ HT d’honoraires pour un seul dossier. C’est un peu comme passer d’un modèle « volume » à un modèle « haute couture » : vous travaillez sur moins de dossiers, mais chacun a un poids financier bien plus important.
Charges professionnelles déductibles du résultat fiscal comptable
Le niveau de rémunération nette d’un comptable à son compte dépend autant du chiffre d’affaires que de la maîtrise de ses charges professionnelles. L’un des atouts majeurs de l’exercice en indépendant réside justement dans la possibilité de déduire un grand nombre de frais liés à l’activité, ce qui réduit le résultat imposable et les cotisations sociales.
Parmi les charges les plus courantes, on retrouve : le loyer du cabinet ou le prorata de loyer en cas de bureau à domicile, les frais de télécommunication (téléphone, internet), l’abonnement aux logiciels de comptabilité et de paie, les frais de déplacement (kilométrage, transports), les dépenses de formation continue, les assurances professionnelles (RC Pro, multirisque), ainsi que les frais de représentation (déjeuners clients, événements professionnels). Bien gérées, ces charges permettent de transformer des dépenses personnelles potentielles en dépenses d’entreprise optimisées fiscalement.
Rémunération nette mensuelle après cotisations sociales et impôts
Au final, combien gagne réellement un comptable à son compte, une fois payées les cotisations sociales et l’impôt sur le revenu ou l’IS ? La réponse varie selon le statut choisi, mais aussi selon le rapport entre rémunération et bénéfice laissé dans la structure. En EI ou EURL à l’IR, l’ensemble du bénéfice constitue la base des cotisations et de l’impôt. En SASU à l’IS, on distingue la rémunération du président (soumise aux charges sociales) et les dividendes (soumis à la flat tax ou au barème après abattement).
À titre indicatif, un comptable indépendant réalisant 100 000€ de chiffre d’affaires, avec 30 000€ de charges déductibles, peut dégager environ 70 000€ de résultat avant cotisations. Selon le régime, il conservera au final entre 3 500€ et 4 800€ nets par mois après toutes charges et impôts, à condition de bien optimiser la répartition entre salaires, dividendes et réinvestissements. La marge de manœuvre est réelle : un accompagnement par un confrère spécialisé en optimisation de rémunération peut rapidement permettre de gagner plusieurs centaines d’euros nets par mois.
Évolution salariale selon ancienneté et spécialisations techniques
La rémunération d’un comptable à son compte n’est pas figée : elle évolue fortement avec l’ancienneté, le bouche-à-oreille et le degré de spécialisation. Les premières années (1 à 3 ans), le revenu net est souvent compris entre 2 000€ et 3 500€ mensuels, le temps de constituer un portefeuille de clients suffisant. Entre 4 et 7 ans d’exercice, avec un portefeuille stabilisé et une meilleure sélection des dossiers, les revenus se rapprochent plus fréquemment de 4 000€ à 6 000€ nets mensuels.
Au-delà de 10 ans, les experts-comptables indépendants ayant développé une niche (fiscalité internationale, consolidation, secteur médico-social, start-up tech, etc.) peuvent atteindre des rémunérations de 7 000€ à plus de 10 000€ nets par mois, surtout lorsqu’ils dirigent un petit cabinet structuré avec des collaborateurs. Comme dans d’autres professions libérales, la courbe de revenus est donc ascendante, à condition d’investir dans la formation, la digitalisation et la qualité de la relation client. La véritable question à se poser n’est alors plus « combien gagne un comptable à son compte ? », mais plutôt : « quelle stratégie mettre en place pour que votre expertise soit rémunérée à sa juste valeur ? »
