Un billet de spectacle, qu’il s’agisse d’un concert en Zénith, d’une pièce de théâtre dans une petite salle associative ou d’un festival de musique, n’est jamais un simple ticket d’entrée en comptabilité. Pour l’organisateur comme pour l’acheteur professionnel, chaque billet emporte des enjeux de reconnaissance du chiffre d’affaires, de TVA, de traçabilité et de conformité fiscale. Une mauvaise comptabilisation d’un billet de spectacle peut, à elle seule, faire dérailler un contrôle fiscal ou fausser un bilan. Comprendre le cadre juridique, les bons comptes à utiliser et les spécificités de la billetterie informatisée permet de sécuriser l’activité et de gagner un temps précieux, surtout si vous gérez des dizaines de représentations ou des milliers de billets électroniques chaque saison.
Cadre comptable et juridique de la comptabilisation d’un billet de spectacle en france (PCG, ANC, code du commerce)
Qualification comptable du billet de spectacle : produit d’exploitation, prestation de service et incidence sur le plan de comptes
En comptabilité française, un billet de spectacle correspond à une prestation de service, et non à une vente de marchandise. Le produit lié à la billetterie relève donc du compte 706 – Prestations de services, ou de ses subdivisions spécifiques au spectacle vivant. Pour une compagnie de théâtre ou un producteur de concerts, l’utilisation du sous-compte 7061 – Recettes de spectacles permet de suivre précisément le chiffre d’affaires généré par les représentations. Ce choix s’inscrit dans le cadre du Plan comptable général (PCG) et des plans sectoriels dédiés aux entreprises de spectacles, très utilisés par les associations culturelles et les sociétés de production.
La qualification en produit d’exploitation implique que la comptabilisation du billet de spectacle se fait en principe à la date de la représentation, même si le billet a été vendu plusieurs mois avant. En pratique, la plupart des structures enregistrent la vente au fil de l’eau dans le compte 706, puis procèdent à des régularisations en fin d’exercice via les produits constatés d’avance lorsque des spectacles sont programmés après la date de clôture. Ce traitement respecte les principes de rattachement des charges et des produits de l’article L.123-12 du Code de commerce.
Distinction entre spectacle vivant et spectacle enregistré : impact sur les comptes 70, 706 et 708
La comptabilisation d’un billet pour un spectacle vivant (concert, théâtre, danse, cirque) diffère de celle d’un spectacle enregistré (projection de film, captation diffusée en streaming payant). Dans le premier cas, le recours au compte 7061 – Recettes de spectacles est particulièrement adapté. Pour des ventes de supports enregistrés (DVD, produits dérivés audiovisuels), le compte 707 – Ventes de marchandises devient pertinent. Un même organisateur peut donc jongler entre 706 et 707 selon qu’il s’agit de billetterie ou de merchandising.
Le compte 708 – Produits des activités annexes intervient pour des éléments périphériques au billet lui-même : location de matériel, mise à disposition de personnel, facturation de frais techniques. Pour une compagnie de théâtre, certaines recettes comme la mise à disposition de la billeterie à un tiers ou la refacturation de services peuvent transiter en 7088 – Autres produits d’activités annexes. Cette distinction fine permet à la fois de mieux piloter l’activité et de répondre aux exigences de présentation des comptes pour les financeurs publics.
Obligations légales spécifiques aux entreprises de spectacles (licence, billetterie, décret « billetterie informatisée »)
L’enregistrement comptable des billets de spectacle ne peut être dissocié du cadre légal qui entoure la billetterie. Les entreprises de spectacles vivants doivent détenir une licence d’entrepreneur de spectacles et se conformer à la réglementation fiscale sur la billetterie. Chaque billet doit comprendre trois parties : souche conservée par l’organisateur, partie retenue au contrôle et partie remise au spectateur, avec un numéro d’ordre et des mentions obligatoires (nom de l’établissement, catégorie de place, prix global ou gratuité, etc.).
Pour la billetterie informatisée, un arrêté du 8 mars 1993 fixe un cahier des charges : numérotation ininterrompue, déclaration du système à l’administration fiscale, conservation des relevés de recettes, sécurisation des données. Le non-respect de ces règles expose à des sanctions financières (amende par billet irrégulier) et à des reconstitutions de chiffre d’affaires lors d’un contrôle. En pratique, la conformité du logiciel de billetterie devient un volet essentiel de la maîtrise du risque fiscal, au même titre que le suivi des comptes 706 et 4457.
Normes et doctrines de référence : PCG, avis ANC, recommandations CNCC pour les billetteries de spectacles
Pour sécuriser la comptabilisation des billets de spectacle, plusieurs sources de doctrine peuvent être mobilisées. Le Plan comptable général et les avis de l’Autorité des normes comptables (ANC) définissent les principes de base : séparation des exercices, importance des produits constatés d’avance, traitement de la TVA. La Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC) publie régulièrement des recommandations sur le contrôle des billetteries, en particulier pour les grands événements ou les festivals qui manipulent plusieurs centaines de milliers de billets.
Ces textes insistent sur la nécessité d’une piste d’audit fiable pour relier chaque billet émis aux recettes comptabilisées. Les commissaires aux comptes attendent généralement un rapprochement systématique entre les journaux de billetterie, les journaux de ventes et les encaissements bancaires. Pour un organisateur qui ambitionne d’augmenter ses subventions ou de se financer auprès des banques, cette rigueur est souvent un facteur déterminant de crédibilité.
Comptabilisation d’un billet de spectacle pour l’organisateur : écriture comptable détaillée étape par étape
Enregistrement de la vente de billets TTC : comptes 706, 4457 et ventilation entre tarifs plein, réduit et invitations
La première étape consiste à enregistrer la vente de billet TTC. Pour un spectacle assujetti à la TVA, l’écriture standard est :
Débit du compte 512 (banque) ou 53 (caisse) – Crédit du compte 706 (produit HT) – Crédit du compte 4457 (TVA collectée).
Pour une représentation avec plusieurs tarifs (plein, réduit, très réduit) et un taux de TVA unique, le détail peut être suivi dans le logiciel de billetterie, tandis que la comptabilité enregistre un total journalier par journal de ventes. Les invitations gratuites, obligatoires par exemple pour certains partenaires, doivent faire l’objet d’une traçabilité : un billet « gratuit » est tout de même édité mais ne génère pas de produit en 706. En fin de journée, un relevé de billetterie permet de distinguer billets payants, billets gratuits et billets invendus, éléments essentiels en cas de contrôle de la billetterie de spectacle.
Gestion des commissions des plateformes de billetterie (fnac spectacles, ticketmaster, digitick) : comptes 622, 467 et TVA
Lorsque la vente de billets est confiée à une plateforme type Fnac Spectacles, Ticketmaster, Digitick ou Billetweb, l’organisateur se trouve face à un schéma de flux plus complexe. Le client final paie le prix du billet à la plateforme, qui reverse ensuite le montant net des commissions à l’organisateur. Comptablement, il est pertinent d’utiliser un compte 467 – Autres comptes débiteurs ou créditeurs pour suivre les sommes dues par l’intermédiaire.
Les commissions facturées par la plateforme sont enregistrées en 622 – Rémunérations d’intermédiaires et honoraires, avec la TVA déductible correspondante en 44566. Le producteur constate donc en 706 la totalité du prix du billet (hors commission), puis enregistre la facture de commission de la plateforme en charge externe. Cette méthode reflète correctement le fait que l’organisateur est le vendeur principal, même si techniquement le paiement transite par un tiers.
Traitement des frais annexes (frais de réservation, frais de dossier, frais de location de salle type zénith ou accor arena)
De nombreux billets incluent des frais annexes : frais de réservation, frais de dossier, part de location de salle intégrée au coût du billet. Selon la rédaction des contrats, ces montants peuvent être soit facturés par la plateforme au nom et pour le compte de l’organisateur, soit conservés par la plateforme. Lorsque l’organisateur perçoit une partie de ces frais, ils sont généralement comptabilisés en 706 ou, pour une vision plus fine, en sous-compte spécifique (7068 – Autres prestations liées à la billetterie).
Les frais de location de salle (Zénith, Accor Arena, grandes salles municipales) constituent des charges pour l’organisateur. Ils sont enregistrés en 6132 – Locations de salles et terrains. Ce poste peut représenter jusqu’à 30 à 40 % du coût d’un grand concert, selon les statistiques fournies par plusieurs structures de production. Pour garder une marge lisible par représentation, un tableau d’analyse par spectacle reliant charges de location, cachets artistiques et recettes billetterie est vivement recommandé.
Clôture d’exercice : produits constatés d’avance pour spectacles programmés après la date de bilan (compte 487)
Un enjeu souvent sous-estimé concerne les billets vendus pour des spectacles prévus après la date de clôture des comptes. Dans ce cas, le produit ne doit pas être intégralement reconnu sur l’exercice N. La portion correspondant à des représentations futures est inscrite en 487 – Produits constatés d’avance, en contrepartie d’un crédit du compte 706. Le lendemain de la représentation, le produit est réintégré en 706 par une écriture inverse.
Pour un festival d’été qui clôt ses comptes au 31 décembre, cette mécanique peut représenter des montants significatifs, parfois plusieurs centaines de milliers d’euros pour les grandes manifestations type Festival d’Avignon ou festivals de musique de plein air. L’oubli de ces produits constatés d’avance fausse le chiffre d’affaires par exercice et peut être relevé lors d’un audit ou d’une demande de financement bancaire.
Contrôle de cohérence entre journal de ventes, rapports de billetterie informatisée et encaissements bancaires
La sécurisation de la billetterie repose sur un triple rapprochement : le journal de billetterie (billets émis et vendus), le journal de ventes en comptabilité et les relevés bancaires. Une bonne pratique consiste à mettre en place un contrôle périodique, au moins mensuel, qui vérifie que : le nombre de billets vendus et la recette théorique correspondent aux montants enregistrés en 706 ; les flux vers les comptes bancaires (512) ou comptes encaisseurs (Stripe, PayPal, banques acquéreurs) couvrent bien les sommes attendues, commissions déduites.
Un tel contrôle, souvent appelé contrôle de cohérence billetterie, permet de détecter rapidement des erreurs de saisie, des oublis de spectacles, ou même, dans certains cas, des risques de fraude interne. Dans un environnement où les billets électroniques et les ventes en ligne se multiplient, la mise en place de procédures écrites est un véritable investissement en sécurité financière.
Comptabilisation d’un billet de spectacle côté client : entreprise acheteuse, CSE, agence événementielle
Billets de spectacle pour relations publiques et communication (compte 623, article 39 CGI)
Du point de vue de l’entreprise cliente, un billet de spectacle peut constituer une dépense de relations publiques ou de communication. Lorsqu’il s’agit d’inviter des clients, partenaires ou prospects, le coût des billets se comptabilise en 623 – Publicité, publications, relations publiques, généralement dans un sous-compte 6234 – Cadeaux à la clientèle ou assimilé. Fiscalement, l’article 39 du CGI encadre la déductibilité de ces charges, notamment en fonction de la proportionnalité et de l’intérêt pour l’entreprise.
La TVA sur les billets de spectacle achetés pour des invités peut être récupérable si la dépense est justifiée comme professionnelle. Une documentation précise (liste des invités, objet de l’événement, lien avec l’activité) renforce la position de l’entreprise en cas de contrôle. En pratique, beaucoup de directions financières limitent le budget de billets de spectacle en relations publiques à un pourcentage du chiffre d’affaires annuel pour éviter tout risque de requalification.
Billets de spectacle pour avantages au personnel via CSE : comptes 647, 462 et régime social/URSSAF
Les comités sociaux et économiques (CSE) achètent fréquemment des billets de spectacle à tarif réduit pour les proposer aux salariés. Comptablement, les subventions versées par l’entreprise au CSE sont enregistrées en 647 – Autres charges sociales. Le CSE gère ensuite un compte spécifique, mais du point de vue de l’entreprise, le billet est généralement considéré comme un avantage social lorsque la participation financière est significative.
L’URSSAF applique un régime particulier aux chèques et bons cadeaux culturels. Lorsque le CSE distribue des billets gratuitement ou à prix très réduit, la question se pose : avantage en nature soumis à cotisations ou avantage social exonéré ? Les circulaires précisent que l’exonération est possible si les avantages profitent à l’ensemble du personnel ou à une catégorie objective, et restent dans certaines limites. Une traçabilité des quantités et des montants de billets distribués constitue un élément clé pour sécuriser ces pratiques.
Billets revendus par une agence événementielle (MICE) : comptes 706, marge, et comptabilisation en mandataire ou en principal
Les agences événementielles et acteurs du MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions) achètent parfois des blocs de billets pour les revendre à leurs clients dans le cadre de prestations globales. Deux schémas de comptabilisation sont possibles : en principal ou en mandataire. En principal, l’agence enregistre le billet en achat (compte 607 ou 604) et la revente en produit (706 – Prestations de services), en dégagent une marge.
En mandataire, l’agence facture une commission en 706 tandis que la valeur faciale des billets transite en comptes de tiers (467) sans impact sur le chiffre d’affaires propre. Le choix du schéma dépend des contrats, mais aussi du régime de TVA (TVA sur marge ou TVA sur le prix total). Pour une agence, la qualification correcte est déterminante pour éviter des redressements importants, notamment sur des événements VIP ou sportifs très onéreux.
Traitement différencié des billets électroniques (e-billet) et billets papier : pièces justificatives et piste d’audit fiable
Pour l’acheteur professionnel, un e-billet a la même valeur probante qu’un billet papier, à condition d’assurer une bonne conservation numérique. La réglementation sur la piste d’audit fiable impose de pouvoir relier la facture, le paiement et le billet correspondant. Une agence événementielle ou un CSE doit donc mettre en place un classement rigoureux : factures des organisateurs, listes de billets par événement, preuves d’envoi aux bénéficiaires.
Dans un environnement où 80 à 90 % des ventes de billets se font désormais en ligne pour certains spectacles, la maîtrise de ces flux dématérialisés devient stratégique. Un archivage électronique organisé par événement, par date et par fournisseur facilite non seulement les contrôles internes, mais aussi la justification fiscale en cas de contrôle portant sur la comptabilisation des billets de spectacle.
Traitement comptable des cas particuliers : annulation, report, avoirs et remboursements de billets de spectacle
Annulation d’un spectacle : extourne des produits, remboursements clients et impact sur les comptes 706, 4457, 467
L’annulation d’un spectacle entraîne une remise en cause des produits déjà comptabilisés. Si le chiffre d’affaires avait été enregistré en 706, il convient d’extourner les écritures : débit du compte 706, débit du compte 4457 (TVA), crédit des comptes de tiers (clients, plateformes de billetterie). Les remboursements effectifs aux spectateurs se constatent ensuite par débit du compte 411 (ou 467) et crédit du compte 512 (banque).
Lors d’annulations massives, comme observé durant les périodes de crise sanitaire, certains organisateurs ont dû annuler plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires en quelques semaines, illustrant la fragilité comptable des revenus de billetterie.
Pour les associations ou petites structures, ce type d’opération peut mettre en tension la trésorerie. Une information claire aux financeurs et aux commissaires aux comptes sur le traitement des annulations de billets de spectacle est alors indispensable pour maintenir la confiance.
Report de date (cas concret : concert au stade de france reporté) et produits constatés d’avance (compte 487)
En cas de report, les billets restent valables pour la nouvelle date. Comptablement, la logique se rapproche des produits constatés d’avance : au lieu d’annuler et rembourser, l’organisateur reclasse la partie de chiffre d’affaires correspondant au spectacle reporté en 487. Pour un concert au Stade de France déplacé de juin à septembre, la recette reste associée à la représentation finale, même si elle a déjà été encaissée.
Si le report franchit une date de clôture, un ajustement sur l’exercice s’impose pour ne pas gonfler artificiellement le chiffre d’affaires de l’année N. Les plateformes de billetterie doivent alors fournir des rapports précis sur les ventes, reports et éventuelles demandes de remboursement. L’échange d’informations entre comptable et responsable billetterie devient ici décisif.
Émission et comptabilisation d’avoirs clients, codes promotionnels et ouvertures de droits à report
Plutôt qu’un remboursement immédiat, certains organisateurs proposent un avoir ou un droit à report. L’avoir comptable réduit la créance client : crédit du compte 411 (client) et débit d’un compte de réduction de produits ou de 706. Lorsque l’avoir est utilisé pour un nouveau spectacle, la vente se traite comme une billetterie classique, avec une ventilation entre la part payée en numéraire et la part réglée par l’avoir.
Les codes promotionnels et réductions commerciales impactent aussi le chiffre d’affaires de billetterie. Selon leur nature, ils peuvent être enregistrés en remise sur vente (réduisant le 706) ou en charge commerciale (compte 623). Un suivi fin permet de mesurer le coût réel des campagnes promotionnelles et leur efficacité sur le remplissage des salles.
Gestion des billets non remboursés en cas d’annulation partielle : produits exceptionnels et règles fiscales
Dans certaines situations, les spectateurs renoncent volontairement au remboursement, par solidarité avec un festival ou une salle en difficulté. Juridiquement, cette renonciation peut être assimilée à un don. Comptablement, le produit peut alors être maintenu en 706 ou, dans certains cas, reclassé en produit exceptionnel (7713 – Dons reçus), selon les recommandations de l’expert-comptable et le statut de la structure (association, société commerciale).
Sur le plan fiscal, il convient de vérifier si ces montants restent soumis à TVA ou s’ils peuvent être considérés hors champ. La doctrine administrative indique généralement que, lorsque la prestation n’a pas eu lieu, la TVA n’est pas due, sauf si le montant est explicitement qualifié de don sans contrepartie. Une analyse au cas par cas est alors nécessaire, surtout lorsque les montants dépassent quelques milliers d’euros.
TVA et fiscalité appliquées aux billets de spectacle : taux réduits, régimes particuliers et contrôles fiscaux
Application du taux réduit de TVA (5,5 % ou 10 %) aux spectacles vivants : concerts, théâtre, festivals (ex. festival d’avignon)
En France, les billets de spectacle vivant bénéficient souvent de taux réduits de TVA. Les représentations théâtrales, concerts, ballets ou cirques peuvent être soumis au taux de 5,5 % ou 10 %, selon la nature exacte de la prestation et les textes en vigueur. Par exemple, certains festivals emblématiques comme le Festival d’Avignon appliquent un taux réduit, ce qui permet de proposer des tarifs plus attractifs tout en préservant la marge de l’organisateur.
La bonne identification du taux applicable à chaque catégorie de spectacle est une vigilance clé. Une erreur de taux sur plusieurs dizaines de milliers de billets peut entraîner un redressement de TVA significatif. Un paramétrage précis du logiciel de billetterie, avec affectation du bon code TVA à chaque type de représentation, constitue la meilleure garantie de conformité.
Billets combinés avec prestations annexes (pack VIP, catering, merchandising) : ventilation des bases de TVA
Les offres combinées, comme les packs VIP (billet + cocktail + merchandising), posent une question de ventilation des bases de TVA. Le billet peut relever d’un taux réduit, tandis que la restauration ou les produits dérivés relèvent du taux normal. L’organisateur doit alors ventiler le prix global entre les différentes composantes pour appliquer les bons taux de TVA.
Un tableau de ventilation, annexé à la fiche tarifaire interne, facilite cette opération. Par exemple, sur un pack à 150 € TTC : 80 € pour le billet (taux réduit), 50 € pour la restauration (taux normal), 20 € pour le merchandising (taux normal). Une telle démarche, rigoureuse, protège contre les reproches de l’administration qui pourrait reprocher un saupoudrage artificiel en faveur du taux réduit.
Régime de la billetterie confiée à un intermédiaire : TVA sur marge vs TVA sur le prix total
Lorsque la billetterie est confiée à un intermédiaire qui revend les billets en son propre nom, le questionnement porte sur l’application de la TVA sur marge ou de la TVA sur le prix total. En général, la TVA sur marge est applicable aux revendeurs qui achètent et revendent des prestations, sans possibilité de déduire la TVA en amont. Dans le cas des billets de spectacle, ce régime est rarement retenu pour les organisateurs eux-mêmes, mais peut concerner certains revendeurs particuliers.
Pour les plateformes professionnelles, la logique dominante reste celle d’une TVA sur la commission, avec une facture de service à l’organisateur. La base taxable pour ce dernier demeure le prix facial du billet, soumis au taux applicable au spectacle considéré. La contractualisation claire du rôle de chacun (mandataire ou revendeur en nom propre) est ici essentielle pour fixer le régime de TVA adéquat.
Contrôles fiscaux ciblant la billetterie de spectacles : traçabilité, numérotation des billets, rapprochements bancaires
Les services fiscaux ciblent régulièrement la billetterie des spectacles, car elle concentre des flux de trésorerie importants, souvent en espèces ou via des plateformes multiples. Les contrôleurs examinent la numérotation des billets, la cohérence des relevés de billetterie, la conservation des billets invendus et des coupons de contrôle, ainsi que les rapprochements avec les encaissements bancaires.
L’expérience montre que les rehaussements de chiffre d’affaires en billetterie concernent fréquemment des écarts de 5 à 15 % entre les recettes théoriques issues des jauges de salles et les montants réellement comptabilisés.
Une billetterie informatisée déclarée et paramétrée correctement, couplée à des exports comptables fiables, limite franchement ces risques. Les organisateurs qui investissent dans des procédures de contrôle interne solides (rapprochements quotidiens, inventaires de souches de billets papier, double validation des remises banques) se trouvent nettement mieux armés lors d’un contrôle inopiné.
Outils de billetterie et intégration comptable : paramétrage, exports et automatisation des écritures
Paramétrage comptable des solutions de billetterie (weezevent, shotgun, eventbrite, billetweb) : plans de comptes et journaux
Les solutions modernes de billetterie comme Weezevent, Shotgun, Eventbrite ou Billetweb permettent un paramétrage fin des comptes comptables et des journaux. Chaque mode de paiement (carte bancaire, PayPal, virement, chèque) peut être associé à un compte de trésorerie ou de tiers : par exemple, un compte 5114 – Cartes de crédit ou 467 – Plateforme de paiement. Le compte de produits 706 peut également être subdivisé par type d’événement ou par salle.
Un bon paramétrage, mené avec l’aide de l’expert-comptable, garantit que les exports du logiciel de billetterie vers le logiciel comptable seront directement exploitables. Cela évite des ressaisies manuelles fastidieuses et minimise le risque d’erreur sur la TVA ou la date de comptabilisation des billets de spectacle.
Exports comptables CSV/Excel et intégration dans sage 50, cegid, quadratus ou pennylane
La plupart des plateformes de billetterie proposent des exports comptables au format CSV ou Excel. Ces fichiers peuvent ensuite être importés dans des logiciels tels que Sage 50, Cegid, Quadratus ou Pennylane. L’export contient généralement la date, le type d’opération, le montant TTC, la ventilation HT/TVA, le mode de paiement et parfois même le numéro de facture ou de séance.
Pour un organisateur habitué à des dizaines de dates par saison, cette automatisation représente un gain de temps considérable. Une anecdote fréquemment observée dans le secteur : après paramétrage correct, certaines structures divisent par trois le temps consacré aux écritures de billetterie, tout en améliorant la précision des rapprochements bancaires et la capacité d’analyse par spectacle.
Lettrage automatique des comptes 411 et 512 à partir des rapports de billetterie et des relevés Stripe/PayPal
Avec la montée en puissance des paiements en ligne (Stripe, PayPal, Payplug, etc.), la question du lettrage entre comptes de tiers et comptes de trésorerie devient centrale. L’objectif est de rapprocher automatiquement chaque encaissement en 512 (banque) d’une ligne issue de la billetterie, souvent d’abord enregistrée en compte 411 (clients) ou 467 (plateforme).
Certains logiciels comptables et solutions de trésorerie proposent désormais un lettrage automatique basé sur le montant et la date. En couplant les exports de billetterie aux relevés bancaires électroniques, il devient possible de suivre en quasi temps réel les recettes issues de la vente de billets et de repérer immédiatement les écarts, par exemple des commissions de cartes bancaires non prévues ou des remboursements clients non comptabilisés.
Contrôles internes sur la billetterie : séparation des tâches, rapprochements quotidiens, piste d’audit fiable numérique
La fiabilité de la comptabilisation des billets de spectacle repose enfin sur des contrôles internes structurés. La séparation des tâches entre la personne qui gère la billetterie, celle qui encaisse les fonds et celle qui saisit la comptabilité réduit fortement les risques de détournement. Des rapprochements quotidiens ou hebdomadaires entre journaux de billetterie, caisses physiques et relevés bancaires permettent de détecter rapidement les anomalies.
Dans un environnement numérique, la piste d’audit fiable impose de conserver les preuves à chaque étape : paramétrage des tarifs dans le logiciel de billetterie, rapports de ventes, preuves de paiement, écritures comptables. En traitant la billetterie comme un véritable processus métier, et non comme une simple caisse accessoire, un organisateur se donne les moyens de piloter son activité, de dialoguer efficacement avec son expert-comptable et de faire face sereinement aux contrôles fiscaux ou sociaux liés à la comptabilisation des billets de spectacle.
