Auto-entrepreneur sans papiers : est-ce possible

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La micro-entreprise apparaît souvent comme une porte de sortie aux situations administratives bloquées. Si vous êtes sans titre de séjour, l’idée de devenir auto-entrepreneur pour « vous mettre en règle » peut sembler logique : facturer légalement, payer l’URSSAF, prouver que vous travaillez et que vous vous intégrez. Pourtant, le droit français crée un véritable paradoxe : il est techniquement possible d’obtenir un numéro SIRET, mais juridiquement interdit de travailler sans autorisation de séjour et de travail. Comprendre ce décalage entre les démarches en ligne et les règles du CESEDA et du Code du travail est essentiel si vous voulez éviter des risques graves pour votre avenir en France.

Le statut d’auto-entrepreneur pour étranger est déjà complexe lorsqu’un titre de séjour existe. Pour une personne sans papiers, cette complexité est multipliée, avec des conséquences possibles sur une future régularisation, voire sur une éventuelle naturalisation. Avant de lancer la moindre activité indépendante, il est donc indispensable de maîtriser le cadre légal, les pratiques des préfectures, les risques de travail dissimulé et les alternatives légales possibles, notamment la régularisation par le travail salarié.

Cadre légal français : peut-on devenir auto-entrepreneur sans titre de séjour en règle ?

Notion de « sans papiers » : absence de titre de séjour, OQTF, visa expiré, statut débouté de l’asile

Le terme « sans papiers » recouvre plusieurs situations juridiques différentes, qui n’emportent pas toutes les mêmes conséquences. En pratique, vous êtes considéré comme sans papiers si vous ne disposez pas d’un titre de séjour valable vous autorisant à rester en France plus de 3 mois. Cela inclut les personnes entrées avec un visa court séjour expiré, celles qui n’ont jamais eu de visa, les personnes déboutées de l’asile, ou encore celles visées par une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Sur le plan juridique, la situation est simple : sans titre de séjour en cours de validité, votre présence sur le territoire est irrégulière. Vous ne disposez pas d’autorisation de travail, ni pour une activité salariée, ni pour une activité indépendante. Même si un numéro SIRET vous est attribué par l’INSEE, cela ne régularise pas votre situation au regard du CESEDA. Le risque d’interpellation, de placement en rétention et d’expulsion demeure, indépendamment de votre statut d’auto-entrepreneur.

Textes de référence : code de l’entrée et du séjour des étrangers (CESEDA), code du travail, code de commerce

Trois blocs de textes organisent la question de l’auto-entrepreneur sans papiers. Le CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) impose à tout étranger l’obligation de posséder un titre de séjour l’autorisant à exercer une activité professionnelle, salariée ou non salariée. Le Code du travail, notamment l’article L8221-3, sanctionne le travail illégal et le travail dissimulé, y compris sous forme d’activité indépendante fictive ou de salariat déguisé.

Le Code de commerce et les textes sur le registre national des entreprises encadrent l’immatriculation, mais ne vérifient pas en profondeur la régularité du séjour au moment de la demande. C’est ce décalage entre droit des étrangers et droit des affaires qui nourrit le mythe de « l’auto-entreprise comme raccourci vers les papiers ». En réalité, ce sont bien les règles du CESEDA qui priment au moment de la régularisation.

Rôle des administrations compétentes : URSSAF, INSEE, DGFiP, préfecture

Plusieurs administrations interviennent dans la vie d’une micro-entreprise, mais elles n’ont pas toutes le même rôle ni les mêmes priorités. L’URSSAF enregistre votre activité, calcule et recouvre vos cotisations sociales. L’INSEE attribue le numéro SIRET et le code APE. La DGFiP (impôts) contrôle et taxe vos revenus professionnels. Aucune de ces administrations n’est chargée, en première ligne, de vérifier votre droit au séjour.

La préfecture, au contraire, est responsable de l’instruction des demandes de titre de séjour et de régularisation. Lorsque vous déposerez un dossier d’admission exceptionnelle au séjour (AES) ou de carte « entrepreneur / profession libérale », la préfecture pourra utiliser les informations URSSAF et fiscales, mais uniquement pour apprécier la réalité et la viabilité de votre activité. Le fait que l’URSSAF vous ait laissé vous déclarer n’a jamais valeur d’autorisation de travail.

Différence juridique entre activité salariée illégale et activité indépendante d’un étranger en situation irrégulière

Pour un étranger en situation irrégulière, le droit français fait une distinction entre activité salariée et activité indépendante, mais les conséquences restent lourdes dans les deux cas. Dans le cadre salarié, l’employeur commet l’infraction d’emploi d’étranger sans titre, assortie de sanctions pénales, administratives et financières. Vous-même risquez, en parallèle, une mesure d’éloignement et des difficultés accrues lors d’une future demande de régularisation.

Pour l’activité indépendante déclarée sans titre de séjour, il n’y a pas d’« employeur » à poursuivre, mais vous pouvez être poursuivi pour travail dissimulé si l’administration considère que votre activité, même avec SIRET, est illégale faute d’autorisation de travail. De plus, dans les secteurs en tension (livraison, BTP, restauration), les préfectures examinent de très près les dossiers d’auto-entrepreneurs pour déceler d’éventuels cas de salariat déguisé, ce qui peut fragiliser votre dossier de régularisation plutôt que l’aider.

Conditions d’immatriculation en micro-entreprise pour un étranger : exigences de l’URSSAF et de l’INSEE

Exigence du titre de séjour avec mention « autorise l’exercice d’une activité non salariée »

En théorie, les sites officiels de création de micro-entreprise précisent clairement qu’un ressortissant hors UE doit disposer d’un titre de séjour portant la mention « autorise l’exercice d’une activité non salariée » ou « entrepreneur / profession libérale ». Les cartes « passeport talent – créateur d’entreprise » ou « entrepreneur/libéral » entrent dans cette catégorie, tout comme certaines cartes de résident (10 ans, longue durée UE) qui valent autorisation générale de travail.

Sans cette mention, la logique juridique est implacable : vous ne devez pas exercer d’activité indépendante. Même si le formulaire d’inscription en ligne n’exige pas systématiquement le scan de votre titre de séjour, l’absence de cette mention pourra vous être opposée ultérieurement, par l’URSSAF, l’inspection du travail ou la préfecture, au moment d’un contrôle ou d’une demande de changement de statut.

Obligation de fournir un numéro de sécurité sociale et une adresse de domiciliation en france

Pour créer une micro-entreprise, il est généralement nécessaire de fournir un numéro de sécurité sociale et une adresse de domiciliation en France. La domiciliation peut être le domicile personnel, celui d’un proche, ou une adresse de société de domiciliation. Ce point pose un problème spécifique pour une personne sans papiers qui n’a souvent ni bail, ni justificatif de domicile à son nom.

Le numéro de sécurité sociale peut toutefois exister même en situation irrégulière, par exemple en cas de prise en charge à l’Assurance maladie (AME, précédents contrats, etc.). Dans certains cas, l’URSSAF crée un numéro technique provisoire. Ce détail alimente l’illusion que la création d’activité est « autorisée », alors qu’il ne s’agit que d’un identifiant administratif pour recouvrer des cotisations sociales.

Contrôles automatiques lors de la déclaration en ligne sur autoentrepreneur.urssaf.fr

Le portail autoentrepreneur.urssaf.fr réalise plusieurs vérifications automatiques : cohérence de l’état civil, validité du numéro de sécurité sociale, nature de l’activité, conformité avec les plafonds de chiffre d’affaires. En revanche, le contrôle du titre de séjour reste partiel. Dans certaines régions, la plateforme demande le type de titre, son numéro et sa date de validité ; dans d’autres, l’inscription peut aboutir sans vérification documentaire approfondie.

Ce fonctionnement repose sur un principe déclaratif : vous déclarez être en règle, l’URSSAF enregistre. En cas de fraude manifeste, un contrôle a posteriori est possible. Mais l’absence de blocage informatique ne signifie jamais que le CESEDA est respecté. Autrement dit, si vous êtes sans papiers, le fait que la plateforme accepte votre inscription n’efface en rien l’irrégularité de votre droit au séjour et au travail.

Cas des ressortissants UE/EEE/Suisse : carte d’identité, passeport européen et absence de titre de séjour

Pour les citoyens de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de la Suisse, la logique est totalement différente. Aucune carte de séjour n’est requise pour travailler, qu’il s’agisse d’un emploi salarié ou d’une activité indépendante. Une carte d’identité ou un passeport en cours de validité suffit pour créer une micro-entreprise et obtenir un SIRET, à condition de respecter les autres conditions du régime (plafond de chiffre d’affaires, activité autorisée, etc.).

Cette asymétrie explique de nombreuses incompréhensions : si vous êtes non-européen, vous pouvez rencontrer un compatriote européen qui a créé sa micro-entreprise en quelques clics, sans aucune démarche en préfecture. Pour vous, la même démarche suppose d’abord un titre de séjour adéquat. Tenter de contourner cette différence en créant une auto-entreprise sans autorisation revient à construire un projet sur du sable mouvant, avec un risque élevé de remise en cause ultérieure.

Situations particulières : étudiants étrangers, demandeurs d’asile, sans papiers régularisables

Étudiants avec titre « étudiant » : limitations d’heures, bascule vers titre « entrepreneur / profession libérale »

Le titre de séjour « étudiant » autorise une activité salariée limitée à 964 heures par an (soit 60 % d’un temps plein). Il n’ouvre pas automatiquement le droit à l’auto-entreprise. Si vous créez une micro-entreprise en étant simplement titulaire d’un titre étudiant, vous entrez dans une zone grise : certaines préfectures le tolèrent implicitement, beaucoup le contestent expressément.

Pour exercer légalement une activité indépendante, l’étudiant étranger doit en principe demander un changement de statut vers un titre « entrepreneur / profession libérale » ou « passeport talent – créateur d’entreprise ». Cette bascule implique de prouver la viabilité du projet, un niveau de ressources suffisant (souvent au moins le SMIC brut, parfois davantage) et la cohérence du projet avec le parcours d’études. La pratique préfectorale reste très variable, ce qui rend indispensable un accompagnement par un professionnel ou une association spécialisée.

Demandeurs d’asile et bénéficiaires de la protection internationale : APS, récépissés et contraintes d’activité

Les demandeurs d’asile disposent, après un certain délai, d’une autorisation de travail, mais celle-ci est généralement limitée au salariat. La création d’une micro-entreprise n’est pas prévue par les textes pour un simple récépissé de demande d’asile. Le droit d’asile vise d’abord la protection contre les persécutions, pas l’installation économique par l’entrepreneuriat.

En revanche, une fois la protection internationale obtenue (statut de réfugié ou protection subsidiaire), un titre de séjour pluriannuel est délivré, qui autorise en principe toute activité professionnelle, salariée ou non. Dans ce cas, la micro-entreprise peut devenir une option pertinente pour valoriser vos compétences. L’important est alors de vérifier que le titre de séjour précise bien l’autorisation de travail, puis de préparer un projet suffisamment structuré pour convaincre banques et partenaires.

Travailleurs sans papiers insérés dans des secteurs en tension (BTP, restauration, aide à domicile)

Dans des secteurs comme le BTP, la restauration, le nettoyage ou l’aide à domicile, de nombreux sans papiers travaillent déjà, souvent de manière informelle ou sous une identité d’emprunt. L’idée de se déclarer auto-entrepreneur pour « régulariser » une situation existante est tentante, surtout lorsque des plateformes (livraison, aide à la personne) exigent un SIRET pour collaborer.

Pourtant, les préfectures surveillent de très près ces secteurs, notamment depuis la mise en avant des métiers en tension dans les dernières réformes de l’immigration. Le recours massif au statut d’auto-entrepreneur pour contourner le droit du travail est critiqué, et les dossiers de régularisation fondés sur une activité indépendante dans ces secteurs sont examinés avec sévérité, surtout en cas de client unique assimilable à un employeur réel.

Procédure de « régularisation par le travail » et articulation avec un projet de micro-entreprise

La régularisation par le travail, inspirée de la circulaire dite « Valls » de 2012 et adaptée par la pratique récente, repose surtout sur l’obtention d’un contrat de travail ou sur la preuve d’une activité stable et pérenne. Pour un salarié sans papiers, un CDI ou un CDD long dans un secteur en tension constitue souvent la meilleure porte d’entrée vers un titre « salarié » ou « travailleur temporaire ».

Pour un futur auto-entrepreneur, la stratégie la plus solide consiste rarement à commencer par la micro-entreprise. Il est souvent plus efficace d’obtenir d’abord un titre de séjour via un employeur, puis de basculer vers un projet indépendant une fois la situation stabilisée. Dans certains dossiers, une activité réelle d’auto-entrepreneur peut servir de preuve d’insertion économique, mais uniquement si elle est accompagnée d’éléments très solides : chiffre d’affaires régulier, plusieurs clients, déclarations URSSAF complètes, absence de contentieux.

Auto-entrepreneur sans papiers : risques pénaux, fiscaux et sociaux d’une activité non déclarée

Qualification de travail dissimulé (article L8221-3 du code du travail) et sanctions encourues

Exercer une activité professionnelle en France, sans l’avoir déclarée aux organismes compétents ou sans respecter les obligations sociales, relève du travail dissimulé au sens de l’article L8221-3 du Code du travail. Pour un sans papiers, deux formes de dissimulation peuvent être retenues : dissimulation d’emploi salarié, ou dissimulation d’activité indépendante lorsqu’aucune micro-entreprise n’est déclarée.

Le travail dissimulé est puni de peines pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende pour une personne physique, assorties de sanctions complémentaires comme l’interdiction de séjour ou l’interdiction d’exercer une activité professionnelle.

En pratique, les poursuites pénales restent rares pour des activités de faible ampleur, mais les contrôles se renforcent, notamment dans la livraison à vélo, le bâtiment et le nettoyage. La simple existence d’un procès-verbal de travail illégal peut devenir un obstacle majeur à une régularisation ou à une naturalisation future, même si aucune peine de prison n’est prononcée.

Redressements URSSAF, rappels de cotisations sociales et majorations

Lorsque l’URSSAF découvre une activité non déclarée, elle peut procéder à une reconstitution de l’assiette des cotisations et réclamer plusieurs années de cotisations sociales (jusqu’à 3 ans en principe, voire 5 en cas de fraude). Des majorations et pénalités s’ajoutent, pouvant représenter 10 à 40 % des sommes dues, voire davantage en cas de mauvaise foi avérée.

Dans le cas d’un auto-entrepreneur officieux, l’URSSAF peut se baser sur des relevés bancaires, des factures, des témoignages de clients ou des éléments saisis lors d’un contrôle. Si vous avez créé une auto-entreprise mais déclaré un chiffre d’affaires très inférieur à la réalité, le redressement pourra également porter sur la différence entre vos déclarations et les montants encaissés. Ces dettes sociales persistent même en cas de départ du territoire, et peuvent resurgir plus tard, par exemple lors d’un retour régularisé.

Risques de contrôle fiscal, taxation d’office et reconstitution de chiffre d’affaires occulte

La DGFiP dispose de pouvoirs étendus pour identifier et taxer les activités occultes. En cas de soupçon d’activité non déclarée, l’administration fiscale peut procéder à une taxation d’office, c’est-à-dire imposer un revenu estimé sans attendre votre déclaration. Les taux d’imposition applicables peuvent alors être élevés, majorés d’intérêts de retard et de pénalités pour manquement délibéré ou fraude.

Une activité indépendante sans déclaration peut être reconstituée sur la base de flux bancaires, d’achats de matières premières, de livraisons constatées ou même de données issues de plateformes numériques.

Pour un sans papiers, ces redressements fiscaux sont particulièrement problématiques : ils créent un passif financier qui pourra être opposé lors d’une demande de régularisation, au titre du manque de respect des lois françaises. À l’inverse, une activité correctement déclarée, même modeste, renforce la crédibilité d’un dossier, à condition qu’elle s’inscrive dans un cadre légal de séjour et de travail.

Conséquences sur une future demande de régularisation ou de naturalisation

Une demande de titre de séjour ou de naturalisation est toujours appréciée globalement : ancienneté de présence, insertion sociale, vie familiale, mais aussi respect des lois fiscales et sociales. Un historique de travail dissimulé, de condamnations pénales ou de dettes URSSAF non régularisées peut entraîner un refus, même si d’autres critères sont remplis.

À l’inverse, certaines préfectures tiennent compte, dans le cadre d’une admission exceptionnelle au séjour, d’une activité professionnelle réelle et stable, y compris indépendante, pour évaluer l’insertion économique. Tout l’enjeu consiste donc à transformer une situation irrégulière en parcours de régularisation crédible, sans accumuler de contentieux inutiles. Cela suppose de choisir avec soin le moment et la forme de la déclaration de votre activité.

Alternatives légales à l’auto-entreprise pour une personne sans papiers en france

Contrat de travail et procédure de régularisation par l’employeur (cerfa n°15186*03, titre « salarié »)

Pour un sans papiers, le chemin le plus sécurisé vers un statut légal reste souvent le travail salarié. Lorsqu’un employeur accepte de soutenir une demande de régularisation, il doit remplir le formulaire Cerfa n°15186*03 (demande d’autorisation de travail) et fournir un contrat de travail, idéalement en CDI ou CDD long, avec un salaire au moins égal au SMIC et des conditions conformes au droit du travail.

La préfecture examine alors l’ancienneté de présence en France, l’intégration, l’absence de menace à l’ordre public, ainsi que la réalité de l’emploi proposé. Dans les secteurs en tension, la probabilité d’acceptation augmente, surtout si l’employeur démontre ses difficultés de recrutement. Une fois le titre « salarié » obtenu, la création ultérieure d’une micro-entreprise peut être envisagée à partir d’un changement de statut ou d’une nouvelle carte pluriannuelle.

Régularisation pour motifs professionnels via la circulaire valls et la pratique préfectorale

La circulaire du 28 novembre 2012, souvent appelée « circulaire Valls », fixe des critères indicatifs pour l’admission exceptionnelle au séjour pour motifs professionnels. Même si ce texte n’a pas valeur de loi, il guide encore largement la pratique préfectorale. Les préfectures examinent notamment la durée de présence en France (souvent 5 ans ou plus), la durée d’activité (24 mois de fiches de paie, par exemple) et la réalité de l’insertion professionnelle.

Pour un projet d’auto-entrepreneur régularisé, la stratégie peut consister à constituer un dossier de preuves d’activité (paiements, factures, attestations) puis à solliciter, d’abord, un titre de séjour « salarié » ou « vie privée et familiale ». Ensuite seulement, une fois la situation stabilisée, une carte « entrepreneur / profession libérale » peut être demandée, sur la base d’un projet structuré et économiquement viable.

Accompagnement par des associations spécialisées (cimade, GISTI, secours catholique, syndicats)

Les associations de défense des droits des étrangers jouent un rôle décisif dans la sécurisation des parcours de régularisation. La Cimade, le GISTI, le Secours Catholique, les syndicats de salariés ou encore des collectifs de travailleurs sans papiers organisent régulièrement des permanences juridiques gratuites. Vous pouvez y faire analyser votre situation précise, vos années de présence, vos preuves de travail et vos perspectives professionnelles.

Un accompagnement associatif permet aussi d’éviter les stratégies risquées, comme la création précipitée d’une micro-entreprise sans titre, ou le montage de dossiers incomplets. Ces structures connaissent bien la pratique réelle des préfectures de chaque département, les marges de manœuvre possibles et les critères implicites qui font la différence entre un dossier accepté et un refus avec OQTF.

Formation professionnelle, validation de compétences et préparation d’un futur projet d’entrepreneur régularisé

Pendant la période d’irrégularité, il est possible – et souvent judicieux – de préparer l’avenir entrepreneurial en travaillant sur vos compétences. Des dispositifs locaux (missions locales, organismes de formation, associations) proposent des ateliers, des formations courtes ou des accompagnements à la création d’entreprise, parfois accessibles même sans titre de séjour ou via des financements alternatifs.

La validation des acquis de l’expérience (VAE) peut aussi être envisagée pour faire reconnaître officiellement des années de pratique dans un métier (coiffure, bâtiment, aide à domicile…). Disposer d’un diplôme ou d’un certificat professionnel au moment de la demande de titre de séjour renforce considérablement un projet de micro-entreprise : cela rassure la préfecture sur votre capacité à exercer l’activité dans de bonnes conditions et sur la viabilité économique de votre futur business plan.

Étapes pour passer d’une situation sans papiers à un statut légal d’auto-entrepreneur

Constitution d’un dossier de preuves de travail et d’insertion (fiches de paie, factures, attestations clients)

Le cœur d’une demande de régularisation par le travail, qu’elle débouche ensuite sur un salariat ou une auto-entreprise, reste la preuve de l’insertion professionnelle. Même si vous travaillez sans contrat ou au noir, vous pouvez commencer à rassembler systématiquement tout ce qui prouve votre activité :

  • attestations écrites de clients, datées et signées, décrivant les prestations réalisées (plomberie, ménage, garde d’enfants, etc.) ;
  • relevés bancaires montrant des virements réguliers de particuliers ou d’entreprises pour vos services ;
  • messages, devis, photos de chantiers ou de réalisations, qui matérialisent votre implication professionnelle.

Si vous avez déjà eu des fiches de paie, même anciennes, conservez-les précieusement. L’objectif est de pouvoir démontrer, le moment venu, que vous ne vivez pas en marge de la société française, mais que vous contribuez réellement à l’économie, de manière continue et responsable.

Demande de titre de séjour adapté : « salarié », « vie privée et familiale », « entrepreneur / profession libérale »

Le choix du titre de séjour à demander dépend de votre situation personnelle : durée de présence en France, liens familiaux, stabilité d’un employeur, projet professionnel. Dans de nombreux cas, une première régularisation par le titre « salarié » ou « vie privée et familiale » offre une base plus solide qu’une demande directe de carte « entrepreneur / profession libérale ».

Une fois un premier titre obtenu (d’une durée d’un an ou plus), un changement de statut vers une carte autorisant explicitement l’exercice d’une activité non salariée devient envisageable. La préfecture examinera alors votre projet de micro-entreprise à la lumière de votre parcours, de vos compétences et de votre capacité à générer au moins un revenu équivalent au SMIC sur 12 mois. Un dossier bien préparé, avec prévisionnel financier et études de marché, a nettement plus de chances d’aboutir.

Élaboration d’un business plan et choix du bon code APE selon l’activité (BTP, ménage, livraison, coiffure, etc.)

La régularisation par l’entrepreneuriat suppose de passer d’une logique de survie à une logique de projet. Un business plan complet ne se limite pas à quelques chiffres approximatifs. Il doit détailler la nature exacte de l’activité, la clientèle visée, la zone géographique, les tarifs, les charges (assurances, matériel, transport) et la stratégie de développement sur plusieurs années.

Le choix du code APE est également important : il doit correspondre réellement à ce que vous faites. Un code lié au BTP, au ménage à domicile, à la livraison ou à la coiffure influence les organismes compétents (CCI, CMA, URSSAF), les assurances obligatoires et parfois la perception de votre dossier par la préfecture. Un projet cohérent, aligné sur un métier en tension, peut constituer un argument supplémentaire en faveur de votre utilité économique pour la France.

Type d’activité Exemples de prestations Points de vigilance pour le dossier
BTP / petits travaux Peinture, carrelage, entretien Assurance décennale, sécurité, clients multiples
Aide à domicile / ménage Nettoyage, repassage, garde Déclaration clients, horaires, conditions de travail
Livraison Courses, repas, colis Risques de salariat déguisé avec une seule plateforme
Coiffure / esthétique Coupe, soins, maquillage Diplômes, hygiène, local ou prestation à domicile

Procédure d’immatriculation micro-entreprise après obtention du titre de séjour : étapes et délais

Une fois le titre de séjour adéquat en poche, la création de la micro-entreprise devient une démarche essentiellement administrative. Les principales étapes se déroulent en ligne et peuvent, dans un scénario classique, être finalisées en quelques semaines :

  1. remplir le formulaire de déclaration de début d’activité sur le site dédié (choix de l’activité, du régime fiscal, de la périodicité des déclarations) ;
  2. transmettre les pièces justificatives : copie du titre de séjour, pièce d’identité, justificatif de domicile, éventuellement diplôme ou attestation de qualification ;
  3. attendre l’attribution du SIRET par l’INSEE, puis l’affiliation effective à l’URSSAF et, le cas échéant, à la caisse de retraite ou à la CIPAV.

Le premier chiffre d’affaires peut être déclaré un mois, un trimestre ou un semestre plus tard, selon l’option choisie. Pour la préfecture, la régularité de ces déclarations, le respect des échéances de paiement et l’augmentation progressive du revenu constituent autant de signaux positifs. En quelques années, un parcours construit de cette manière transforme une ancienne situation de sans papiers en trajectoire d’entrepreneur régularisé, économiquement autonome et mieux protégé juridiquement.

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